mercredi 28 mai 2014

Villa les Rosiers: Le ver est dans le fruit (1932 à 1971)

La Villa "les Rosiers":

Les parcelles sur lesquelles a été construite la villa Les Rosiers ont été acquises par un couple d'italiens. Le mari était propriétaire avec son frère de la seule compagnie d'autobus qui desservait le village depuis Nice, et ce depuis que le tramway  avait été supprimé en 1931.

Ils ont acheté en 1932 le lot 16 issu de la division du lot 16 (ancien) en lot 16 et 16 bis. Bizarrement le géomètre a conservé l'ancienne numérotation, avant division, pour les nouveaux lots, si bien que l'on ne sait plus si l'on parle de l'ancien ou du nouveau lot.

La nouvelle parcelle 16 qui avait une limite en bordure de voirie communale est donc vendue en 1932. En 1933, ce monsieur achète la parcelle 16 bis et en 1934 les parcelles 18 et 18 bis. La parcelle 18 se trouve dans le prolongement de la nouvelle parcelle 16.  Très rapidement il fait construire un vaste hangar à cheval sur les parcelles 16 et 18 pour y installer un garage de mécanique automobile, essentiellement pour l'entretien et la  réparation  des autobus de la compagnie "les pigeons voyageurs". Il fait une déclaration en préfecture pour autorisation de détention de produits dangereux. L'autorisation lui est délivrée en 1935 alors que les travaux de constructions sont déjà commencés et s'achèveront en 1936, et que la cahier des charges du lotissement interdit ce type d'activité autant pour caractère bruyant que pour l'utilisation de produits dangereux.

De son projet initial de construire des locaux professionnels, un hangar et un espace de bureau attenant, il décide finalement d'en faire son habitation. Il fait alors rajouter des pièces sur le coté sud et ouest du bureau, et aussi un premier étage au dessus de celle-ci. L'accès à l'arrière de la propriété se trouve donc réduit à un passage d'environ 2,10 m entre la façade de la maison et la clôture avec le voisin.

            En 1937, la compagnie de bus est vendue à la société "les rapides du littoral". L'exploitation du  hangar de mécanique automobile est elle aussi vendue. José ne peut plus passer par l'accès carrossable du garage pour rentrer dans sa maison, et la configuration de la construction sur le terrain ne permet pas la création d'un autre accès par le sud.
            Il aurait pu demander au lotisseur de créer la voie qui lui aurait permis d'accéder à sa maison par l'arrière. Mais il ne fait rien de tout cela. Il considère qu'en ayant réuni entre ses mains les deux lots issus de la division du lot 16, il a reconstitué celui-ci, et que ce lot disposait d'un accès sur la voie publique. Il n'y avait pas de raison d'en vouloir un autre bien plus éloigné du village et de ses commerces. 

 Il rachète un morceau de forme triangulaire de 10 m², d'une longueur  4.75 m de long sur la rue, détaché du lot 14, son voisin à l'est. Ainsi il  crée un nouvel accès à la propriété et il double la superficie de cour devant la maison.

              En février 1943, José s'éteint laissant une partie de la propriété à Jules, son fils. Le lot 18 bis est divisé en deux, une partie rejoint la propriété mitoyenne de sa fille, l'autre partie restant à Jules.

            Sa veuve va continuer d'habiter la maison jusqu'à l'évacuation générale du village ordonnée par les allemands.

            Au retour, en novembre 1945, des travaux d'aménagement sont faits, la veuve de José occupe le rez de chaussée jusqu'à son décès en novembre 1970, tandis  que premier étage devenu indépendant est loué à une famille.
           
            Des travaux de rénovations sont réalisés dans l'appartement du rez de chaussée avant d'être de nouveau loué à une famille d'italiens dont la fille est déjà mariée. Seul le fils François vit encore avec eux. Il a vingt et un ans.

            C'est à partir de l'arrivée de cette famille que les choses vont se dégrader progressivement. C'est la fin de la quiétude pour Andréa. Le fils des voisins va n'avoir de cesser de vouloir s'approprier le chemin par tous moyens 
             
            Tissant sa toile, il va petit à petit insinuer que le chemin n'est pas à Andréa, qu'il a le droit d'y passer, de l'utiliser, d'y stationner, d'y faire les travaux qu'il souhaite….

            Andréa, portant pourvue d'un fort caractère, se laisse embobiner par l'esprit charmeur mais intéressé de François. "Vous avez besoin de replacer une tuile ne vous inquiétez pas, faut bien s'entraider entre voisins." Et quelques temps plus tard: " Madame Andréa, j'ai une grosse livraison de marbre qui doit arriver. Si je les fais décharger dans la rue, là bas, ça va bloquer la circulation. Est-ce qu'on peut passer exceptionnellement par chez vous?

            Andréa ne peut pas refuser. Son éducation, son âge, les services rendus font qu'elle se sent obligée de ne pas s'opposer. "Oh! Après tout, il ne s'agit que d'une seule fois. Après ils vont refaire le mur qui s'écroule. Ce sera mieux." se dit Andréa.

            Mais une fois détruit le vieux mur de clôture, on a placé du grillage, à la place des briques.
            Et la clôture a été de nouveau ouverte 2 fois par ans, puis tous les 3 mois, tous les mois, 15 jours… et pour finir tous les jours. Puis ils ont commencé à stationner le long du chemin.

            LE VER EST DANS LE FRUIT.  Andréa, maintenant trop âgée, n'a plus la force de se battre, de lutter contre l'envahisseur.
            Ses enfants ne sont pas toujours présents à SIMPLE ABRI, il faut bien qu'ils travaillent, et dès qu'ils sont là, François fait bien attention à ne pas indisposer la famille.
           
.





           


samedi 17 mai 2014

Simple abri, plan cadastral et vue aérienne.


Simple Abri de nos jours. 


Vous pouvez voir que la propriété de mon voisin borde deux rues. La mienne est toute petite en comparaison. La moitié de sa superficie est occupée par son accès. 


Sur la photo vous pouvez voir l'accès en litige. Au bout de cet accès la propriété de mon voisin avec son parking crée à dessein pour demander un droit de passage. Entre le bâtiment de mon voisin et celui de son propre voisin, il y a encore un passage carrossable, crée il y a 20 ans environ. Cet accès en raison d'un dénivelé entre les deux rues dessert le premier étage de la construction. 

Pour moi, cette desserte n'est pas naturelle. Elle est l'oeuvre de l'homme, mais joue complètement son rôle désenclavement. 
Si l'on regarde de l'autre coté, vers la droite du bâtiment, il y a deux véhicules garés dans une cour. C'est donc qu'il existe un accès carrossable non contestable. 
Et encore après il existe un espace suffisant pour y créer un accès carrossable, cette partie là mesurant 3,75 m de long. (Objet des deux dernières photos). 
Pour moi cette propriété est suffisamment desservie! 

Vos avis ainsi que ceux d'expert immobilier judiciaire, de professionnels du droit  me seraient d'un grand secours.  



Simple abri entre 1950 et 1955 (carte postale)

Simple abri et son cabanon à sa gauche, dans les année 50.

(regarder le clocher de l'église et descendre vers le bas. Il s'agit de la maison à demie cachée par une branche d'arbre.
 La maison au milieu est celle des parents de Mathilde.

vendredi 16 mai 2014

simple abri: de 1955 à 1967 maison de vacances

Chapitre III:
Rémi regarde la mer onduler doucement. Il fait très chaud déjà ce matin alors qu'il installe les matelas sur la partie privée de la plage gérée par son ami. Celui-ci lui a proposé de venir durant toute la saison parce qu'il vient d'être dégagé de ses obligations militaires et qu'il lui faut gagner de l'argent. En attendant de trouver mieux, il va effectuer ce petit travail, matin et soir.

            Andréa, désormais seule, presse son fils de s'engager dans la vie professionnelle. Elle veut qu'il rentre, comme son père, travailler à la concession RENAULT de Nice. Mais cela n'intéresse pas Rémi. Il veut dessiner. Pas dessiner des robes, des tableaux….Pas du dessin d'art!  Non il veut faire du dessin technique. 
            Il arrive à faire patienter sa mère durant tout l'été. De plus il a remarqué une jeune fille qui garde les enfants d'une riche famille en vacances.
            Elle vient se baigner tous les jours. Et ils ont engagé  conversation. La fin du mois de juillet arrive et elle repart avec ses employeurs vers Paris.
            Peut-être reviendra-t-elle l'année prochaine?

            Et surprise, elle revient camper dans le village avec une copine durant tout le mois d'août.
            Rémi se décide très vite. Il est très amoureux de Michelle. Il ne peut pas la laisser repartir à Paris, si loin, et risquer de ne plus la revoir.
            Il fait en sorte que son parrain, lointain parent de sa mère, habitant Sèvres, à la tête d'une société de matériaux de construction, lui propose de l'héberger le temps qu'il trouve un emploi.
            Rapidement il trouve une place de dessinateur projeteur rue de Vaugirard à Paris. Michelle a aussi changé d'emploi et travaille comme petite main dans une maison de couture.

            Bien qu'Andréa regrette le départ de son fils à l'autre bout de la France, elle ne peut que se résoudre à le laisser vivre sa vie.

            Rémi et Michelle se revoient à Paris, sortent beaucoup et finalement décident en mai 1958 de se marier en septembre.    

            La petite maison de la cote d'azur reprend vie. Des petits enfants sont nés du coté de Michel. Une fille et un garçon. Les beaux parents de Michel ont à charge les grands parents maternels de Mathilde. Agés, ils  supportent mal les pleurs des bébés. Michel et Mathilde ont pris l'habitude de venir à SIMPLE ABRI et de laisser se reposer les anciens dans l'autre maison.

            Mais l'été lorsque Rémi vient aussi de Paris avec son épouse, la petite maison est bien remplie. La salle à manger a été transformée en chambre pour Andréa.

            La situation devient encore difficile quand Michelle met au monde un, puis deux, puis trois enfants.

 Le premier né, un garçon arrive en début 1959. Au mois de juillet, pour les vacances annuelles,  il est baptisé dans l'église au dessus du port.  
Deux ans plus tard un autre garçon arrive aussi au début de l'année 1961 et c'est encore l'occasion d'une réunion de famille pour le baptême du second.
En juillet 1962, Michelle est de nouveau enceinte. Toute la petite famille vient en train pour l'été. Rémi repart en fin juillet pour reprendre le travail. Michelle reste sur la cote d'azur encore tout le mois d'août.

            Elle repart par le train de nuit  en fin d'été mais ses fils ne la laissent pas se reposer suffisamment. Elle passe la nuit debout pour éviter de réveiller tous les autres voyageurs.

            Rémi l'attend sur le quai de la gare et la ramène à la maison par les transports en commun.
            Arrivée à la maison elle fait une fausse couche et se retrouve à l'hôpital. A cinq mois de grossesse le petit garçon qu'elle attendait a cessé de vivre.
           
            L'été suivant Michelle est de nouveau enceinte. Ils ne viendront pas cette année là.  Une petite fille nait 5 jours avant Noel de l'année 1963.

            Là se pose un véritable casse tête pour Andréa. Elle doit loger 5 enfants et autant d'adultes dans une maison de seulement trois chambres.  La maison devient un véritable dortoir.  On installe des lits d'enfants dans la chambre des parents, un lit dans la cuisine, un des enfants partagera le lit de sa grand-mère… On se débrouille tant bien que mal quand ils sont petits.

            Puis progressivement les grands parents de Mathilde devenus trop âgés restent sur Nice.  Une chambre se libère. Mathilde et Michel vont s'installer dans l'autre maison.

            Mais une autre question taraude Andréa. Elle possède cette petite villa et un appartement de deux pièces à Nice. Après la mort de son mari,elle a choisi de vendre la belle villa Mon Plaisir de Nice et de s'acheter un appartement plus modeste mais en centre ville, proche des bus, des commerces…

            Elle se dit que Simple Abri était le rêve de son mari et qu'il aurait souhaité qu'elle reste dans la famille. Mais si elle ne fait rien ses enfants devront vendre pour partager.
            Toutes ces difficultés réunies font qu'elle décide de casser sa tirelire et d'ajouter un étage à la maison pour que chacun de ses deux enfants puisse avoir un appartement dans simple abri. 
           
            L'année 1967 se termine sur l'ouverture du chantier du premier étage.  Andréa a 67 ans.

mardi 15 avril 2014

Simple Abri de 1945 à 1955: l'après guerre

Chapitre II  seconde partie: de 1945 à 1955.


         
         Dès l'autorisation de revenir dans le village, tous les villageois n'ont qu'une hâte, celle de revoir les lieux qu'ils aiment, leur maison, leur environnement, leur famille et amis et reprendre une vie remplie du bonheur de tous les jours. Les années de guerre puis d'occupation sont derrière eux. Ils vont être heureux maintenant, c'est promis!

         André et Andréa, comme les autres, retrouvent leur propriété. Ils n'ont pas eux à subir de dégâts. Le jardin doit être remis en état, préparé pour les plantations d'été.

         Le frère et la sœur d'Andréa sont aussi de retour chez eux. Et les repas dominicaux deviennent encore plus animés. Leurs enfants ont bien grandi. Ils sont devenus des jeunes adultes prêts à se lancer dans la vie.  Michel le fils aîné d'André et Andréa a réussi son bac.  Il va faire des études supérieures.
        
Les américains sont encore là avec leur joie de vivre.  Ils organisent des bals sur la place où tous les villageois se retrouvent sur la place pour danser.
C'est ainsi que Michel rencontre la fille des voisins de ses cousins.

          Elle est plus jeune de quatre ans mais si jolie avec ses boucles blondes. Ses parents ont un commerce à Nice, Rue Hôtel des Postes. Ils travaillent ensemble jusqu'au samedi midi. Mathilde est une brillante lycéenne qui choisira pharmacie.

         Ils se marieront en 1948, abandonneront leurs études pour reprendre le commerce familial.

         Et le petit cabanon devient rapidement trop petit. André réfléchit, tourne le problème dans tous les sens. Il finit par se dire que ce petit espace, sans chauffage, sans confort ne lui permettra pas de venir en hiver, de fêter Noel avec ses propres enfants et petits enfants.

         Il va bientôt être à la retraite et aura moins de revenus. Il compte et recompte ses économies et se décide. Il va faire construire une villa, modeste, mais selon ses goûts et ses besoins.

         Il s'agit d'une maison d'un seul niveau, deux chambres, un séjour, une cuisine et une salle d'eau. Rien d'extravagant, rien de luxueux. A côté de ses voisines, c'est de loin la plus petite, environ 60 m²  sur un seul niveau, avec une pièce dans les combles inaccessible faute d'escalier mais prévue, au cas où.
           Elle ressemble un peu à la maison de la petite maison dans la prairie. Les travaux durent dix huit mois. Des problèmes de maçons qui ne viennent pas sur le chantier, de malfaçons, de matériaux, de raccordement.

         Pour éviter des trop grands frais, les eaux usées sont raccordées  sur la maison du frère et de la sœur d'Andréa, toute proche. L'électricité vient de la rue derrière et s'accroche à la façade de la maison qu'ils louaient autrefois.

         En 1950 les travaux s'achèvent sur la pose d'un portail en bout du chemin et contre l'avenue, fermant ainsi la propriété.

          Mais la santé d'André devient plus fragile. Durant la grande guerre il a été mobilisé dans le 7ème régiment d'infanterie, n'a pas été sérieusement blessé mais a été exposé au gaz moutarde. Bien que protégé par un masque, il n'était pas totalement hermétique, et on ne pouvait pas le porter en continu. La boue, la poussière, le stress et la peur l'ont vieilli prématurément.


         A 60 ans, en 1955, il décède. Son second fils est en train de faire son service militaire au Maroc. Il est libéré dès l'annonce du décès.  

                                                                                             A SUIVRE.... 



lundi 31 mars 2014

Simple abri de 1943 à 1945, les années d'occupation.

CHAPITRE II     

                                                  De 1943 à 1945

La construction du petit abri commence dès le début de l'année 1943.
Et là commence la jalousie.
La voisine, riveraine à l'ouest de la voie d'accès, une vieille fille artiste peintre, se plaint alors que le chemin, débroussaillé pour la construction et pour l'acheminement de l'eau potable, est équipé d'une barrière. Elle veut accéder à l'arrière de sa propriété, dit qu'elle a droit au passage,  que le chemin est une voie de lotissement destinée à être cédée à la commune, qu'elle veut construire un atelier au fond du jardin … Elle interpelle la commune à ce propos,  qui écrit au notaire, lequel  répond en reportant  les termes de la vente du chemin.  Il confirme implicitement, mais la mairie et la voisine qui ne semblant pas  être d'accord,  interpellent  à nouveau le notaire en disant que cette vente est contraire au cahier des charges du lotissement…

André se défend en expliquant au maire, par courrier, que le lotisseur n'a rien fait pour lui permettre d'avoir un accès à sa propriété, qu'en plus d'en avoir payé le prix, il a aménagé le chemin à ses frais, et que si la mairie veut ouvrir cet accès, il faudra lui en rembourser le prix et le coût de l'aménagement.

André ne cède pas. Le cabanon est achevé, la barrière maintenue fermée. Et l'affaire s'arrête là. La vieille étrangère, artiste peintre, se fait discrète. Il ne fait pas bon de se faire remarquer alors que les italiens viennent de partir et que l'on entend déjà les bottes des allemands résonner sur le bitume des villes de la côte d'azur.

 L'été s'achève, les tomates et les autres légumes ont bien été utiles à l'alimentation familiale car même si l'on est en zone libre, c'est l'époque des restrictions.  Les conserves vont être ramenées à Nice pour l'hiver. Les enfants ont été mis en pension parce que le ravitaillement y est assuré, les enfants sont surs d'être convenablement nourris.

         Mais les allemands, arrivés en septembre dans le village, craignent de plus en plus un débarquement sur le littoral de la côte d'azur.  Ils occupent déjà le phare qui leur permet une surveillance de la mer.

En février 1944, le village reçoit un ordre d'évacuation général. Les pinèdes et les plages sont minées. Les habitants qui ne savaient pas  ou se réfugier sont acheminés  vers l'Isère, d'autres se logent dans la famille à Nice ou dans les villages environnants.

         Le secrétaire de mairie, refuse de quitter le village. Il entretient le dialogue avec les troupes allemandes. Il  parviendra lors de leur départ précipité à la suite du  débarquement en Provence et de l'avancée des américains,  à obtenir de la part du commandant le plan des emplacements des mines et bombes disséminées partout dans la commune, sur les plages et les lieux stratégiques.
         Les habitants n'auront l'autorisation de revenir qu'en novembre  1944 qu'une fois le long déminage terminé.

         Durant cette période d'exode, André et Andréa restent à NICE. Mais comme tous les autres habitants du village, propriétaires… chacun regrette la tranquillité de ce coin de paradis, chacun se demande si il va retrouver un jour sa maison, dans quel état, bombardée par les alliés, pillée par les allemands, brûlée par vengeance…
                                                                    
                                                                A SUIVRE.....






jeudi 20 mars 2014

naissance de simple abri


La naissance de Simple abri


André et Andréa, mariés deux enfants, propriétaires de leur habitation principale,  souhaitent acheter une maison de vacances pour sortir de Nice, dès les beaux jours et surtout l'été quand la chaleur y est étouffante.

Le frère et la sœur d'Andréa les informent que le propriétaire du terrain voisin du leur veut vendre sa maison. Elle possède un assez grand jardin dans lequel on peut cultiver ses légumes, y avoir des arbres fruitiers...

Ils pensent à l'avenir et espèrent avoir leurs enfants et petits-enfants tous réunis, pour rassembler la famille.

La maison est grande, sur deux niveaux. Le propriétaire, ancien architecte-géomètre, avait installé son atelier au rez-de-chaussée. Il y a un garage qui ne communique pas avec l'habitation, une grande pièce pour l'élaboration des plans, une cuisine et un bureau, des toilettes et un escalier qui permet d'accéder au premier étage.  Là se trouve réellement l'habitation.  Trois chambres, une salle de bain, une cuisine au sud, une salle à manger double avec une cheminée, du parquet dans les chambres, un damier de  marbre noir et blanc dans les autres pièces, le jardin, au sud de la maison donne sur un deuxième lot de lotissement puis sur un troisième.
C'est absolument superbe.  Mais bien trop grand pour les besoins de la petite famille. Et puis c'est trop cher.

L'affaire ne se fera pas. Du moins pas ainsi, car le propriétaire conscient que la vente de trois lots de lotissement ensemble serait bien trop difficile, accepte de vendre en deux lots, la maison d'un côté avec son jardin, et le terrain restant en nature de terrain à bâtir.
D'ailleurs, la clôture entre ses deux propriétés n'a pas eu le temps d'être démolie. 
C'est le dernier terrain à bâtir à deux cent mètres du village.
C'est idéal et de surcroit, le terrain est contigu à la propriété du frère et de la sœur d'Andréa. Il suffit simplement d'ouvrir un portillon dans la clôture mitoyenne pour aller d'une propriété à l'autre.
Le tramway vient de Nice tous les jours et s'arrête sur la place du village, un peu plus bas.
Que des avantages!


Le 7 novembre 1939, l'acte de vente est signé chez le notaire.

Une des questions essentielles était aussi de savoir comment accéder à ce terrain.
 Le vendeur qui lui-même l'avait acheté 18 mois plus tôt, avait acquis du lotisseur par le même acte  le chemin d'accès qui longeait sa propriété sur tout son flanc ouest.

 Il faut bien dire que lui-même, quand il avait acquis son lot en fin 1929, la grande dépression pointait son nez. Il a su faire comprendre au lotisseur que les lots de 650 M² étaient trop grands donc trop chers. Il proposa d'acheter de moitié d'un lot. Le lotisseur accepta et divisa ainsi tous les lots du quartier en deux.
Mais certains ne bordant pas la route, il était  nécessaire de créer une voie d'accès pour quatre des lots dont aucune limite ne bordait la voie publique.
L'architecte-géomètre se chargea de dresser les plans de ces nouveaux lots. La voie fut dessinée d'une largeur de 6 m sur 48 m de long avec un cercle de 10 m de diamètre au bout pour le retournement des véhicules et fut prise à cheval sur la limite commune des lots avant division. A la jonction de ces quatre lots a été implanté le cercle devant servir d'aire de retournement.

Il acheta, le même jour que la sous division des lots, le premier terrain en bordure de la voie communale. C'était le lot 13. Il construisit sa maison, lui donna le nom de son premier enfant Jacqueline. Un petit garçon naquit ensuite.
Quelques années après, il acheta le lot 13 bis.  Sa propriété  forma ainsi,  à l'exception des trois mètres pris sur sa longueur pour la voie d'accès, l'ancien grand lot du lotissement qu'il avait divisé quelques années auparavant. Il planta des agrumes, des rosiers grimpants, aménagea une tonnelle.

Il finit même par acheter le lot 14 bis qui se situait dans le prolongement des deux siens, en févier 1938.
Mais en début 1939, il déménagea, mit cette maison à la vente et redémarra sa vie dans un autre département avec un autre métier.
Avait commis une erreur dans le cadre de sa profession ou sentait-il la guerre venir?

Les autres lots ayant une limite en façade de rue se vendirent aussi en 1929.  
Puis 3 des  lots issus de la division furent rachetés par ceux qui avaient acquis les lots en façade. Ainsi les anciens lots étaient reformés, à l'exception de la surface de la voie d'accès.

Seul le lot 14 bis restait désespérément sur les bras du lotisseur.  

Et la voie d'accès qui ne sert à personne n'est délimitée sur le terrain que par les clôtures des riverains. Le lotisseur n'a pas créée, empierrée, goudronnée cette surface. Elle n'est même pas débroussaillée, ne permettant aucun passage.

Les lots intérieurs, soit le 14 bis, 13 bis, 16, bis et 12 bis ne sont pas desservis par le tout à l'égout, l'eau potable, l'électricité…
 Nul n'en avait besoin car ces lots étaient à l'usage de jardin d'ornement.  Et l'accès se faisait par les lots en façade sur rue. Quoi de plus normal! On était simple à l'époque, et on appréciait le calme et la verdure des  espaces derrière leur maison. C'était intime, discret.

         Donc en 1938, l'architecte-géomètre acquière le lot 14 bis. A cette occasion le lotisseur lui cède la voie d'accès pour  désenclaver ce lot ci, les autres lots ayant déjà étaient vendus et formant de nouvelles unités immobilières desservies par la voie publique.
Le lotisseur ne veut pas faire de frais supplémentaire pour un seul lot. Il propose alors de se décharger de réaliser la voie d'accès, la viabilisation du lot, et en contrepartie il cède la voie comme un lot à bâtir.

C'est ainsi que la voie de lotissement devient privative. L'architecte géomètre vend le lot 14 bis et  sa voie d'accès le 7 novembre 1939. La guerre est déjà déclarée. C'est inespéré.
André et Andréa pensent placer leurs économies dans la terre, et ainsi sauver ce qu'ils peuvent. André a été mobilisé durant la grande guerre et blessé. Il ne sera pas appelé pour celle-là.  Il est déjà âgé de 45 ans.

Dès l'année 1940, aidé de ses fils, il débroussaille le terrain pour pouvoir y planter des légumes. Il a trouvé deux pièces à louer dans la maison à côté de ses beaux-frères et belles sœurs. C'est suffisant pour l'été. Il s'agit juste d'avoir de quoi dormir.
L'année 40 se passe, puis 41 et 42. La guerre est finie. On est en zone libre sous occupation italienne. Mais finalement chaque italien est un peu un parent. Tout se déroule bien.

Un jour il reçoit un courrier recommandé de la Préfecture l'informant qu'il faut qu'il libère les deux pièces qu'il loue dans le village car l'appartement est réquisitionné au profit d'une veuve de guerre avec un enfant.
Il répond à la préfecture  qu'il est lui-même  blessé de guerre avec des enfants, que  la santé de son épouse nécessite calme et repos en dehors de la ville et qu'il a droit à ce titre à conserver ce petit appartement,  qu'il est effectivement propriétaire du terrain contigüe mais que ce terrain ne dispose pas de construction.
Rien à faire, il doit rendre cet appartement.

Après réflexion, il prend la décision de faire construire un cabanon de six mètres de long sur quatre de large pour y dormir tous les quatre et y avoir une petite cuisine. 


Il appelle alors sa propriété SIMPLE ABRI.